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Le projet MUNTU – dépoussiérer ses héritages…

5 Avr,2017

Connaissez-vous une terre où malgré leur téléphone portable, les hommes et les femmes sont encore connectés à leurs racines, conscients de la valeur profonde des traditions, où avoir « réussi sa vie » tient plus d’une somme d’expériences vécues intensément que de l’accumulation individuelle de richesses ? Un lieu où l’imprévisible ouvre les possibles sans créer dépressions et burnout, où l’on croit encore à des futurs meilleurs, pour autant qu’ils soient communs ?

Là-bas, l’économique laisse la priorité au social quand il est question d’amour ou tristesse, de deuil ou de naissance. On y trouve encore le temps, malgré montres, portables, tablettes, de faire primer la communauté sur l’individu et on y cultive le vivre-ensemble de multiples façons pour retisser en permanence le lien social ; on ne parque d’ailleurs ni ses plus jeunes dans des maisons d’enfants, ni ses plus vieux dans des maisons de repos; on donne aussi priorité à la rencontre car elle crée, répare, ou renforce ce lien ; on y accueille la différence dans ce qu’elle a de positif car une société qui se rencontre évolue vers de nouvelles connaissances, de nouveaux projets ; on sait, dans ces contrées, que la diversité fait la richesse, et qu’il n’existe aucune civilisation ‘pure’. Nous ne sommes qu’un depuis la nuit des temps, nous ne sommes qu’un d’un tout vivant

Derrière l’écran de fumée que nous dressent nos médias occidentaux sur ce continent en véhiculant l’image de dictateurs pervertis par le contact avec l’individualisme consumériste, se cache le peuple africain, conscient qu’à l’aube de l’histoire humaine, ils furent les premiers à coloniser territoires hostiles et inhospitaliers pour que l’humanité puisse s’établir

 

C’est dans le contexte économique global d’aujourd’hui où l’idéal de progrès mène nécessairement à l’exploitation de l’Autre, que l’Afrique, par sa diversité et sa créativité, résiste, naturellement, à l’uniformisation, à la négation de la différence.

Derrière chiffres et échelles normées des indicateurs socio-politico-économiques filtrant, se cache une réalité beaucoup plus complexe et tangible, une société créative et organisée, où les valeurs d’endurance, de courage, et de patience sont transmises de génération en génération pour assurer la résilience sociale qui renforce, solidifie hommes et femmes, solidaires face aux adversités de l’Histoire, celle-là même qui leur a été nécessaire pour résister notamment aux tempêtes de l’esclavage, premier dégât collatéral d’un projet de progrès humain qui montre aujourd’hui l’ampleur de ses failles…

De fait, lire la réalité du continent africain au départ de notions économiques apparues au XVIIème – XVIIIème siècle, n’a de sens que pour celui qui en a défini les critères, celui même qui aujourd’hui encore tire les ficelles d’une économie déconnectée des réalités humaines. Le rêve de croissance infinie de cette partie du monde n’a jamais été celui de l’Afrique. Au contraire, le moteur de l’aventure humaine des sociétés africaines a toujours été le désir de construire des sociétés durables où l’Homme, dans son rôle de gardien des ordres et des savoirs, mène une vie où l’immatériel est le lien avec l’environnement et où la qualité des interactions sociales contribue à la fécondité de celui-ci.

C’est dans le contexte économique global d’aujourd’hui où l’idéal de progrès mène nécessairement à l’exploitation de l’Autre, que l’Afrique, par sa diversité et sa créativité, résiste, naturellement, à l’uniformisation, à la négation de la différence. L’économie africaine, ‘alternative’, nourrit la diversité en rassemblant les gens pour le bien de tous. La financiarisation de l’économie, responsable de tous les déséquilibres de la planète, n’a pas encore gangrené toute la société africaine, et ses piliers fondamentaux sont encore bien solides. L’économie africaine, surnommée ‘économie informelle’, adepte du recyclage et de l’innovation frugale, subsiste, résiste dans les quatre coins du continent, dans l’attente de nouveaux lendemains… car tel est sa mission : unifier et maintenir l’équilibre, garantir la force vitale de tous les hommes au sein de leur écosystème.

Si l’Occident, terre du rationnel et des logiques binaires a amené machines et progrès techniques , l’Afrique reste le cœur d’une intelligence émotionnelle et spirituelle, issue d’une sagesse aussi vieille que l’Homme, bâtie sur l’humilité, le recul historique, la résilience, et le lâché prise ; une terre où la notion de famille va de pair avec la responsabilité vis-à-vis de la communauté, où chaque action de l’homme se doit de contribuer à augmenter la force vitale de tous pour emmener l’humanité vers un autre pallier.
Contrairement aux discours doctrinaux ambiants, l’Afrique n’a rien, ni personne à «rattraper». Elle doit au contraire se faire (re)découvrir afin de contribuer à la marche des Hommes.

L’Afrique, ce continent qui a vu l’aube de notre civilisation, offre aujourd’hui au monde en panne de projet commun, d’autres chemins au vivre-ensemble, une échelle de valeurs et un espace de sens plus vaste, une perspective différente de la vie sociale, pour dessiner un rêve commun de vie, d’équilibre, d’harmonie et de sens…

 

 

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